• L’incongruité des grèves de la faim.

     

    C’est une évidence un peu oubliée : faire une grève de la faim implique de ne pas être affamé en permanence. Or, à La Réunion, sauf cas pathologique, tout le monde mange à sa faim et personne ne meurt de faim. C’est luxe que sont loin de partager nos voisins Malgaches et Africains. Nous sommes cernés par des pays dont près du tiers de la population est sous-alimentée ! Quand, en prime, nos grévistes de la faim de luxe bénéficient d’un suivi médical aux frais de la collectivité cela tourne au scandale absolu. Que des élus et des personnalités soutiennent ce genre de chantage en dit long sur leur incompétence pour faire aboutir des dossiers de façon normale. Manque d’arguments ? Imprévision ? Méconnaissance des textes et des procédures ? Prévalence de l’intérêt personnel sur l’intérêt général ? Rien que pendant les 14 jours de grève de la faim médicalisée de Samuel Mouen, plus de 300.000 humains sont morts de faim sur la planète. Tous anonymes, des invisibles pour nous et nos médias : des « clients » sans intérêt aucun ! Nous avons le chance de vivre dans un pays et dans une Europe où il existe une multitude de façons de faire valoir ses droits, même si tout n’est pas parfait, loin de là. Mais de là à s’afficher publiquement en grève de la faim, il y a des indécences qui sont d’une totale incongruité. Actions en justice, collectifs, pétitions, manifestations, grève « normale » et bien d’autres actions de contestation permettent de faire entendre ses doléances. Faites preuve d’imagination, mais de grâce, cessez de nous faire honte à la face des affamés de la planète. C’est une totale et inacceptable incongruité.

     

    Charles Durand

     

    Le Brûlé –Saint-Denis


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  • C’était il y a 224 ans. Au cours de la séance qui se tenait pendant la nuit du 4 août 1789, l'Assemblée Constituante met fin au système féodal. C'est l'abolition de tous les droits et privilèges féodaux ainsi que de tous les privilèges des classes, des provinces, des villes et des corporations. Et pourtant, en 2013,  persistent des privilèges exorbitants dans notre pays, à La Réunion en particulier. Le plus considérable et profondément injuste est l’abattement de 30% dont bénéficient les cotisations d’impôt sur le revenu. Un privilège strictement réservé à ceux qui sont imposables. Entrepreneurs, professions libérales et fonction publique pour faire court, même si on sait qu’il existe des ménages non imposables pour diverses raisons dans ces catégories-là aussi. En 2010, dernière année disponible, sur les 449.000 foyers fiscaux 121.000 ont versé 214,5 millions d’euros au Trésor public. Une « économie » de près de 92 millions au détriment du budget de l’État grâce aux 30%. Les 328.000 autres foyers ont le peu enviable privilège de n’être pas imposables faute de revenus suffisants ! On notera que seuls des gouvernements de droite ont atténué timidement l’éventail des privilèges, en particulier de 1971 à 1979 en faisant passer l’index de correction de 1,65 à 1,1138. Plus récemment le décret Jégo a écrêté, à juste titre, les « grosses » retraites. Quant au privilège des 30% aucun gouvernement n’a osé y toucher. Le moment est donc venu pour nous Réunionnais de participer aux efforts de la nation en demandant à être alignés sur la métropole. Dans la mesure où l’impôt est versé avec un décalage dans le temps, rien n’empêcherait de s’y préparer dès maintenant pour septembre 2014. J’y vois une question de dignité : nous avons pris la mauvaise habitude de demander toujours plus à la mère-patrie ; montrons que la solidarité peut jouer dans l’autre sens. D’autant que les plus démunis ne seront pas pénalisés du tout. J’y vois une occasion de diminuer notre gigantesque production de déchets liée à tous nos gaspillages. Faut-il rappeler que les 850.000 Réunionnais consomment trois fois plus d’électricité que les 15 millions de Malgaches ? J’y vois enfin un argument massue pour exiger de l’État le maintien des défiscalisations qui ne sont pas du tout un moyen d’échapper à l’impôt mais une façon de choisir de consacrer son écot à des actions profitables au développement économique et social de notre île. Ainsi la "défiscalisation" pour les emplois de service à domicile pourrait devenir un crédit d'impôt, incitant les contribuables aisés à maintenir et multiplier de tels emplois. Abolir un privilège colonial anachronique pour soutenir des activités créatrices de richesses et d’emplois. Qui peut être contre ? Aux élus de porter cette proposition exemplaire à Paris.

     

    Charles Durand

    Le Brûlé – Saint-Denis

     

    4 août 2013


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  • Les feux de l’actualité sur le RSTA sont maintenant retombés et le moment est venu de prendre un peu de recul. Institué par décret le 27 mai 2009 pour une durée bien déterminée allant du 1er mai 2009 au 31 décembre 2012, il a été validé par le conseil général et le conseil régional en avril 2009 sans que son caractère temporaire ne soit remis en cause. Temporaire à durée déterminée, ce qui est notoirement différent des mesures temporaires à durées indéterminées (à l’image des majorations spéciales servies dans la fonction publique). La prolongation jusqu’au 31 mai 2013 n’étant que de la verroterie jetée aux indigènes que nous sommes pour les calmer.

     

    Or, ce revenu supplémentaire d’activité constitue, de fait, une augmentation de salaire déguisée d’environ 10% qui échappe à toute charge sociale. Cette « manœuvre » profite aux employeurs qui voient ainsi diminuer la pression des salariés pour obtenir une augmentation « normale » de salaire et les dispense aussi des cotisations sociales afférentes. D’autre part, ce détournement, légal certes, pénalise les salariés en les privant d’une partie de leurs droits sociaux (retraite en particulier). Le tout aux frais des contribuables. Dès lors, faut-il s’étonner et se plaindre du manque de soutien des syndicats de salariés à des revendications pour le maintien du RSTA ? Certainement pas !

     

    Il faut aussi remarquer que le RSTA est une mesure qui bénéficie à des individus salariés et qui fait fi des revenus de l’ensemble de chaque famille. Avec un effet d’aubaine pour de nombreuses familles comptant deux ou plusieurs salariés. Les cas de familles dans lesquelles une personne est cadre de la fonction publique et l’autre employée du privé gagnant moins de 1,4 fois le SMIC, soit 2002 euros actuellement, sont légion. Non pas que les 100 euros mensuels (en réalité 99,50 euros pour tenir compte du prélèvement à la source de la CRDS) attribués soient superflus. Mais, dans une île où le taux de pauvreté et le taux de chômage atteignent des records nationaux, il n’était vraiment pas prioritaire de compléter certains revenus familiaux consistants (d’autant que le RSTA n’est pas imposable !). Il faut aussi évoquer l’effet de seuil. Ainsi, un salarié qui gagne 2010 euros devra s’en contenter et être taxé au titre de l’impôt sur le revenu sur la totalité de ce salaire. Mais celui « qui a la chance » de ne gagner que 2000 euros verra son salaire complété des 100 euros du RSTA non imposables qui plus est ! Heureusement que les Réunionnais ont appris à adopter des stratégies d’optimisation de leurs droits sociaux depuis plusieurs décennies. Ils ne sont donc pas restés inactifs face au dispositif RSTA. Ainsi, nombre de salariés se sont « arrangés » avec leur employeur pour rester « dans les clous » du droit au RSTA. Dès lors, faut-il s’étonner qu’aussi peu de bénéficiaires aient eu envie de se montrer ? Certainement pas !

     

    Au total, cette mesure démagogique et injuste doit cesser définitivement.

     

    D’autant que la revendication du maintien du RSTA a été portée par un Réunionnais qui sans cacher ses origines, s’est positionné en exemple à suivre pour « sauver » La Réunion comme si les autres Réunionnais en étaient incapables. Personnellement, étant Réunionnais au même titre que Monsieur Mouen, je me suis senti humilié, comme beaucoup d’autres Réunionnais toutes origines confondues. Je crois pouvoir affirmer, après un demi-siècle de séjour ici qu’il y a longtemps que les Réunionnais ne croient plus en l’avènement d’un sauveur miraculeux qui, fut-ce au prix de sa vie, se sacrifie pour eux. Dès lors, faut-il s’étonner qu’aussi peu de Réunionnais aient soutenu l’action de Monsieur Mouen ? Certainement pas !

     

    Il faut quand même noter que quelques récupérateurs démagogiques et populistes de tous bords ont eu ainsi l’occasion de montrer au public leur vrai visage d’hypocrite. Rien que pour cela l’action de Monsieur Mouen a été fort instructive. Qu’il en soit remercié ! Mais, par ailleurs, je crains fort que les promesses du préfet pour organiser des consultations n’aboutissent qu’au même néant que les EGOM (états généraux de l’outre-mer) de 2009. Cela fait partie de la boîte à outils de tout dirigeant : un problème se pose ? Créez une commission qui honorera ses participants et permettra de noyer le poisson en douceur. Ceci dit je ne suis pas volontaire pour faire une grève de la faim pour empêcher l’organisation de ses rencontres coûteuses et inutiles.

     

    Charles Durand

     

    Le Brûlé – Saint-Denis


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  • La presse locale s’est fait l’écho il y a quelques jours de la bénédiction du matériel de coupe de la canne à sucre pour la campagne qui vient de commencer. Pourquoi pas ? On bénit aussi les motards et bien d’autres personnes, des animaux ou encore des objets, fussent-ils destinés à donner la mort comme les avions de combat. C’est une pratique quotidienne et générale dans la religion catholique. Alors pourquoi pas les mariages de personnes de même sexe quand elles le désirent ? Il y a quelques années, j’ai assisté à la bénédiction du mariage civil d’une célibataire et d’un divorcé à la cathédrale. Comme je m’étonnais qu’un prêtre puisse bénir une telle union, le Dominicain qui officiait me répondit qu’on bénissait des armes et des chars d’assaut et qu’il ne voyait pas pourquoi l’amour de deux personnes ne serait pas béni. Troublé par cette réponse « osée » j’ai quand même joué les Saint-Thomas en vérifiant dans le catéchisme officiel de la religion catholique. Et, en effet, les paragraphes 1671 et 1672 précisent bien que « parmi les sacramentaux figurent d’abord les bénédictions (de personnes, de la table, d’objets, de lieux)…comme par exemple…les vases, les vêtements sacrés, les cloches… ». Par ailleurs, rappelons que l’Église catholique affirme haut et fort que Dieu est amour. Dès lors, on ne voit pas pourquoi le mariage de deux personnes qui s’aiment ne serait pas béni. Il ne s’agit pas de tolérance mais de cohérence. Toutefois, il convient de bien préciser que le mot « mariage » utilisé dans les textes officiels civils récents est fort ambigu. En effet, dans la religion catholique le mariage a un sens bien particulier. Il s’agit de l’un des sept sacrements et « …ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement de mariage en exprimant devant l’Église leur consentement » (paragraphe 1623 du catéchisme). Dans ce domaine précis de la religion, il appartient aux seules autorités ecclésiastiques de décider des conditions exigées pour donner ou refuser les sacrements. En ce qui concerne les bénédictions, la pratique montre que leur éventail est fort large et peu exigeant, assurant ainsi une grande cohérence avec le commandement de Jésus-Christ : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean-15,12). Quant à ce qui passe sous la ceinture, je laisse à ceux que cela préoccupe un peu trop, le conseil de songer à se demander pourquoi ils n’arrivent pas à se délivrer de cette obsession.

     

    Charles Durand

     

    Le Brûlé – Saint-Denis


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  • Rien n’arrête l’arrogance de nos décideurs nantis. Certes, il n’y a ni crise, ni rigueur ni austérité si l’on en croit les discours officiels. Mais dans une île où les chômeurs et les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux il faut avoir une bonne dose d’impudeur et de provocation pour organiser des festivités coûteuses et inutiles. Même ceux qui travaillent ou possèdent un patrimoine sont essorés par des impôts locaux ou nationaux toujours plus lourds. Alors, les communes qui ont payé de superbes feux d’artifice grâce aux recettes des impôts locaux n’ont aucune pudeur. Peu importe les portions congrues consenties aux associations caritatives qui s’épuisent à compenser les lacunes des pouvoirs publics. Quant à l’État il n’est pas en reste dans ces comportements scandaleux. Si le préfet a tenté de réduire la facture de l’État – on lui en sait gré – en revanche, il a cédé à la tentation de recourir à des sponsors. Et là, de redoutables conflits d’intérêt peuvent se manifester. Ainsi, quand je découvre que des entreprises de l’agro-alimentaire (Brasseries de Bourbon, Rhum Charrette, Chai de Cilaos, Porcidou, Bœuf péi, Sandhy et la Cilam) ont joué les sponsors, je m’interroge sur les risques de perte d’indépendance de l’État. Accepter des soutiens de la part d’entreprises soumises aux contrôles réguliers de plusieurs services de l’État évoque le risque de corruption, ni plus ni moins. « La corruption est la perversion…d'un processus ou d'une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d'obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d'obtenir des avantages  en échange de sa bienveillance ». Donnons un gage d’intégrité au préfet mais scrutons attentivement les décisions qu’il prendra dans les champs d’activité des entreprises mécènes. Quant aux responsables de ces entreprises on peut s’interroger sur leurs choix de financer une réception à la préfecture plutôt que de venir soutenir les nombreuses associations qui galèrent pour permettre aux exclus de survivre. Il est vrai qu’en toute objectivité ces entreprises n’ont rien à attendre de cette population qui n’a même pas les moyens d’acheter leurs produits. Le choix est vite fait. Bref, une meilleure répartition des richesses dans notre pays n’est pas pour demain. L’indécence publique, c’est maintenant.

     

    Charles Durand

     

    Le Brûlé – Saint-Denis


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