•  Au niveau individuel la possibilité de faire un bilan de compétences permet de détecter les talents et le potentiel d’une personne. Bien au-delà de son niveau scolaire et de ses diplômes, chacun de nous a des possibilités dont il ignore souvent l’envergure. Il s’ensuit des gaspillages considérables de talents au niveau national. Il en va de même au niveau des territoires, en particulier lorsqu’ils sont parfaitement circonscrits aux contours d’une île.

    Un bilan de compétences s’impose pour identifier les potentiels et les savoir-faire de notre île. Il s’agit d’aller au-delà d’un inventaire à la Prévert répertoriant nos paysages, nos plages, notre climat, notre musique ou notre cuisine. La mise au point d’une méthodologie solide pour dresser ce bilan de compétences reste à repérer ou à inventer. Nos forces, nos faiblesses doivent faire l’objet d’un constat objectif et complet sans aucune censure. Lorsque le lieutenant-colonel Morisot du centre du service national constate qu’une partie (pas tous bien sûr !) des jeunes Réunionnais sont paumés, illettrés ou inadaptés aux exigences de la société, il vaut mieux le reconnaître et en prendre conscience plutôt que de se voiler la face et vouer aux gémonies celui qui a osé décrire cette réalité pourtant incontestable. En se voilant la face nous risquons tout simplement de maintenir notre île dans sa situation désespérante.

    Le copier-coller, fut-il adapté, de ce qui se fait dans l’Hexagone pour l’Hexagone est définitivement sans issue : c’est, de fait, la poursuite d’un colonialisme qui se cache derrière un déluge de flux monétaires qui ne sert qu’à entretenir consommation, gaspillages et retours financiers vers les entreprises de métropole. Nous sommes en pleine addiction collective pour ces transferts qui tétanisent toute pensée originale d’un autre avenir que d’être pendus aux basques de la mère-patrie. Nos ressources naturelles, nos infrastructures sont des trésors sous-exploités. Notre isolement géographique a disparu avec les nouvelles technologies. C’est une donnée récente et nouvelle qui change la donne. En revanche le poids persistant de la sous-éducation explique en large partie nos difficultés.

    Quand je vois que l’Islande avec ses 320 000 habitants va se doter de serveurs sécurisés pour héberger les documents confidentiels de journalistes soumis à la censure, de dissidents vivant dans des pays dictatoriaux, en se dotant sur le plan légal d’un "bouclier juridique" destiné à protéger les données hébergées sur son territoire contre les attaques judiciaires venues de l'étranger, je me dis que la Réunion avait le potentiel humain et technique pour le faire.

    Encore fallait-il en avoir l’idée et ne pas être sous la coupe d’une métropole qui régente tout et nous infantilise depuis plus de trois siècles. Ce cordon ombilical que nous n’avons toujours pas coupé n’est-il pas devenu une chaîne qui nous lie à un boulet métropolitain fort pesant? Il nous faut libérer notre pensée collective vers l’innovation tous azimuts et cela passe par un bilan de compétences des forces et faiblesses de notre île. Le CESER (Conseil économique, social, environnemental régional) de la Réunion pourrait s’emparer de ce bilan, même si des exercices analogues ont été menés dans le passé.

    Reste que si on veut vraiment progresser et innover il faut obligatoirement faire abstraction de notre dépendance vis-à-vis de la métropole et reconnaître nos lacunes sans exclusive. En sommes-nous capables ? La question n’est donc plus au trop réducteur « nou lé pa plis, nou lé pas moin » mais à un ambitieux « kosa nou gagn mié fé ? »

     

    Charles Durand

    Le Brûlé – Saint-Denis


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  • Ce samedi 8 juin, Houssen Amode a été élu à la tête du conseil du culte musulman de la Réunion par 85 des 124 inscrits à ce vote. Je salue l’élection de Monsieur Amode, d’autant qu’il a réussi à mettre sur pied une liste de consensus qui fédère tous les courants qui traversent l’islam dans notre île. Il est donc porteur d’une forte légitimité, en particulier lorsqu’il représentera les musulmans au GDIR (groupe de dialogue inter-religieux de la Réunion). Un bel exemple de démocratie ! La liste unique de rassemblement fait sûrement rêver dans certains cercles laïcs où le jeu consiste plutôt à multiplier les candidats, les listes…et les entourloupes de scrutin. Les islamophobes de tout poil seraient bien inspirés de reconsidérer leur point de vue souvent marqué par une ignorance volontaire des réalités de l’islam. J’envie les musulmans de la Réunion car « mon » représentant, lui, ne sera élu par personne. En effet, l’évêque de la Réunion n’est pas élu par un collège de religieux catholiques : il nous tombe du Ciel, si on peut dire. Comme on le sait, il est nommé par le pape, l’évêque de la lointaine Rome. C’est dommage car cela affaiblit notablement sa légitimité de nous représenter. On peut espérer que notre nouveau pape François fera évoluer une institution qui porte les stigmates d’une organisation pyramidale. Ses premiers pas l’ont conduit à quitter son trône jupitérien pour descendre de quelques marches vers les fidèles. Puisse le Saint-Esprit l’aider à poursuivre son chemin de proximité vers notre humanité. Ceci dit, rien n’empêcherait notre évêque d’organiser un vote pour désigner le représentant des catholiques au GDIR, organe purement laïc, sous réserve de respecter les statuts de l’association 1901 qui régit son fonctionnement. Et pourquoi ne pas regrouper les chrétiens de toutes obédiences sous la houlette d’un seul représentant ? Un rêve ?

    Charles Durand

     

    Le Brûlé - Saint-Denis.


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  • Je suis retraité depuis 11 ans. Et depuis 11 ans je ne cotise plus pour l’assurance vieillesse. S’agissant d’une assurance censée couvrir le risque vieillesse, il est assez singulier qu’une fois le risque réalisé on arrête de cotiser. Un peu comme si après avoir eu un accident de la route on arrêtait de s’assurer au prétexte que le risque s’est réalisé. Pourtant, tout comme un nouvel accident est toujours possible sur la route, le risque vieillesse ne cesse pas avec le départ en retraite. Au contraire, on est certain qu’il va persister. D’autant que l’espérance de vie augmente en France d’un trimestre chaque année. Au demeurant, c’est une des causes majeures du problème de financement des retraites. Je ne verrais donc que des avantages à cotiser de nouveau pour l’assurance vieillesse à hauteur de 7-8%, ne serait-ce qu’en solidarité avec les autres retraités. En revanche, augmenter la charge des actifs et des entreprises n’est pas une bonne idée pour résoudre l’équation de la réforme des retraites. Un calcul très grossier montre qu’on pourrait ainsi récupérer plus de 9 milliards d’euros par an tout en épargnant totalement les petites retraites de cette ponction sur leur pouvoir d’achat. Une autre mesure s’impose : fiscaliser le complément de 10% (ou plus) versé aux retraités ayant eu 3 enfants (ou plus). Ce complément lui-même est discutable car son impact sur la natalité est loin d’être prouvé. Personnellement je l’ai découvert au moment de prendre ma retraite, mes enfants étant majeurs depuis des années. Cela s’appelle un effet d’aubaine…indu. On ne fait pas des enfants pour gonfler sa retraite ! Bien évidemment, ces mesures ne doivent pas se faire brutalement mais par paliers successifs étalés dans le temps. Un peu comme l’écrêtement des retraites de la fonction publique à la Réunion décidé par le décret « Jégo » (décret 2009-114 du 30 janvier 2009) qui étale la mesure sur 10 ans et la rend supportable.

    Charles Durand

     

    Le Brûlé – Saint-Denis.


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  • J’ai peur de comprendre pourquoi la grève de la SERMAT (service maintenance assistance technique) perdure. Les dirigeants de l’entreprise sont assoiffés de profit et sont prêts à sacrifier l’ensemble de l’économie de notre île pour assouvir leur cupidité. Qu’un entrepreneur cherche à faire du profit, c’est normal. Plus que normal même. Hautement souhaitable. Entreprendre est un métier à hauts risques qui mérite reconnaissance et rémunération. J'ai beaucoup de respect pour les entrepreneurs. Mais il faut savoir raison garder. Si j’ai bien compris l’enjeu du conflit, il s’agit de sacrifier quelques dizaines d’emplois de gens qualifiés sur l’autel du « toujours plus » de profits en les jetant dans notre tonneau des danaïdes du chômage. A ce que je sache cette entreprise n’est pas en difficulté. Si tel est le cas, il nous faudrait alors savoir à quel degré. Or, la transparence ne semble pas faire partie des valeurs des dirigeants. « La société ne communique pas ses comptes », telle est la réponse laconique qu’on obtient en tentant d’y voir un peu plus clair avec Internet. Au moment où le chômage explose, que la création d’emplois ralentit, il ne semble pas urgent d’augmenter le profit d’une seule entreprise au détriment de quelques emplois qualifiés en externalisant la maintenance du matériel de l’entreprise. Un comble pour une entreprise de maintenance et d’assistance technique ! Faut-il rappeler que les gérants de stations-services, des petites entreprises qui ne roulent pas sur l’or, l’ont fort bien compris en maintenant des emplois de pompistes plutôt que d’installer des automates. Pourtant, ils y gagneraient en profit. Dès lors, s’entêter à vouloir licencier quelques travailleurs compétents pour maximiser son profit est irresponsable. Une entreprise comme la Sermat, qui peut facilement verrouiller l’économie de l’île, aurait tout intérêt à se doter d’une charte d’éthique. Une charte pour réaliser que son rôle n’est pas uniquement le profit à tout prix. C’est aussi un rôle social vis-à-vis des 830 000 habitants qui se trouvent pris en otages. C’est aussi un rôle économique majeur de maintien en « vie » d’un grand nombre de petites entreprises qui elles, vont devoir minimiser leurs profits, licencier et disparaître. La Sermat est ainsi devenue une entreprise qui « tue » une multitude d’autres entreprises. Comme une mère qui tuerait ses enfants. Incompréhensible et irresponsable. Notre île a un énorme problème d’emploi et il est indécent d’en sacrifier, ne serait-ce que quelques dizaines pour pouvoir amasser, encore amasser, amasser toujours plus. Respect pour les grévistes. Profond mépris pour les preneurs d’otages.

     

    Charles Durand

     

    Saint-Denis – Le Brûlé


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