• Oyez manantes et manants la vilaine histoire des bâillons dans la maison du Roi.

    Au royaume des coraux rompus, une île malade de cette peste, le Roi avait décidé de ne pas faire de vagues pour ne pas aggraver le mal.

    Mal lui en prit, car un thuriféraire du bourgmestre de la capitale du royaume, fort de son entregent auprès du bourgmestre, décida illico et sans s'astreindre aux obligations d'usage d'établir un relais pour le lavage des carrosses dans les "pas du Roi". Les "pas du Roi", bordent tout le royaume et empêchent les quidams d'y faire n'importe quoi au risque d'accroître le mal qui étreint le royaume. Les gazettes du royaume bruissaient de ce scandale inavouable.

    Pourtant des membres de la maison du Roi s'étaient enquis auprès du "grand voyer" (1) de la cité, tout habillé de vert, pour savoir si le thuriféraire contrevenait aux ordonnances royales en s'établissant dans les "pas du Roi". Étant à quia et furibond, le bourgmestre, inféodé au Grand Empereur Boréal, vitupéra tant et si bien que le Roi appela son Grand Chambellan. Lequel trouva vite la solution pour museler les membres de la maison du Roi trop diserts en déclarant : "Un bâillon pour chacun de vous sera séant et vous évitera exil et geôle".

    C'est ainsi que le Grand Empereur Boréal, chantre de la liberté d'expression et du respect du Droit fut dupé, à l'insu de son plein gré, par son féal et par son vassal. Toutes les vagues cessèrent mais le mal était si profond que le royaume fut contraint de changer de nom et devint le royaume des cor-rompus.

    Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

     

    Charles Durand

    Le Brûlé - Saint-Denis

    (1) Le grand voyer était, pendant l’Ancien Régime, celui des grands officiers de la couronne  qui était responsable des routes royales, des alignements urbains, des places publiques, de l’embellissement des villes en général. 

     


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  • Depuis des lustres, les pouvoirs publics usent et abusent des enquêtes d'utilité publique pour faire avaler des couleuvres aux Français. Ces enquêtes d'utilité publique ressemblent fort à de la démocratie, mais n'en ont que l'apparence trompeuse. Ouvertes en théorie à tous les citoyens ces enquêtes sont, en réalité, limitées à un cercle très restreint d'initiés. En effet, plusieurs conditions sont requises pour y participer.

    Première condition : il faut être informé de l'existence de ces enquêtes. Par exemple, savez-vous qu'une enquête est en cours jusqu'au 30 avril 2013 sur l'avenir de l'eau à la Réunion? Savez-vous qu'une enquête sur la charte du Parc National de la Réunion se déroulera du 4 décembre au 24 janvier 2013 ? Pas évident.

    Seconde condition : avoir accès aux documents techniques, savoir les lire, savoir écrire à leur propos, et là c'est loin d'être gagné pour tout le monde, à la Réunion en particulier où l'illettrisme persiste. Dommage, car être illettré n'a jamais empêché ni l'intelligence et encore moins le bon sens.

    Troisième condition : être disponible aux heures d'ouverture de la consultation publique, pouvoir s'y rendre ou bien disposer d'un accès à Internet.

    Dès lors, il est facile de comprendre que la majorité des citoyens est exclue de ces consultations. Les pouvoirs publics ont beau jeu, après coup, d'affirmer, en toute mauvaise foi, que toute la population pouvait donner son avis.

    Le cas du Parc National est emblématique puisque la très brève période de consultation tombe - par hasard ? - en pleine période de fêtes de fin d'année au moment des vastes mouvements migratoires saisonniers. Quand on connait le volume et la technicité de la charte du Parc, on se dit que la population est gravement dupée dans cette affaire.

    D'une façon plus générale ces enquêtes d'utilité publique doivent être remplacées par un dispositif plus respectueux de la démocratie réelle. Surtout pas un sondage commandité par les pouvoirs publics à l'origine d'un projet et dont les résultats sont entachés de doutes sur son objectivité : il suffit de poser les bonnes questions pour obtenir les bonnes réponses. L'enquête doit être confiée à un organisme neutre au-dessus de tout soupçon comme l'Insee. Dans une première phase, il faut mener une enquête monographique très ouverte qui permet ensuite de mettre au point un questionnaire constitué de questions plus ciblées. Dans un second temps on propose ce questionnaire à un échantillon représentatif de la population au moyen d'enquêteurs qui vont interroger les gens sur place. Ce n'est que dans ces conditions rigoureuses que les pouvoirs publics pourraient alors affirmer que tout le monde a pu s'exprimer. Sinon, faute de recueillir vraiment les observations de la population, les pouvoirs publics s'exposent à des contestations ultérieures lourdes de conséquences. Pensez à l'épreuve de force pour l'Ayraultport à Notre-Dame-des-Landes. Manipuler, tromper, duper la population n'a jamais fait avancer la résolution des problèmes. Les parlementaires seraient bien inspirés de réformer en profondeur ce succédané de démocratie.

     

    Charles Durand

    Le Brûlé - Saint-Denis

     

    Pour en savoir plus sur le dispositif actuel : http://fr.wikipedia.org/wiki/Enqu%C3%AAte_publique


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  • Depuis que le SPANC (service public de l'assainissement non collectif) a lancé ses opérations obligatoires et légales de contrôle des fosses septiques, les médias résonnent des cris d'orfraie de citoyens mécontents.

     

    Or, en dehors de l'aspect légal de l'opération, le contrôle de nos installations ne peut être que bénéfique à trois titres. Pour l'environnement en évitant la pollution des nappes phréatiques. Pour notre confort en évitant d'avoir à vidanger une fosse devenue nauséabonde. Pour notre santé en évitant de respirer des effluves plus ou moins toxiques. En soi, c'est donc un bénéfice considérable qu'il ne faut surtout pas bouder.

     

    En prime, nous sommes privilégiés par rapport à ceux qui sont raccordés au tout-à-l'égout. Je réside dans les Hauts de Saint-Denis et j'utilise une fosse septique. Ma dernière facture d'eau se monte à 20,10 euros pour les 17 m3 que j'ai consommés. Mais si, comme un de mes enfants, je résidais dans les Bas, en ville, mes 17 m3 m'auraient coûté 56,77 euros. J'ai donc économisé 2,16 euros par m3. En effet, en ville, les abonnés payent une kyrielle de taxes qui n'existent pas dans les Hauts : 9,50 euros pour l'abonnement "eaux usées" de la CINOR , 16,8 centimes d'euros par m3 pour la part distributeur, 52 centimes par m3 pour la part CINOR, 40,6 centimes d'euros par m3 pour l'investissement du Grand Prado et 2 centimes d'euro par m3 pour la redevance modernisation réseau assainissement sans compter le montant de l'abonnement principal qui est le double dans les Bas. Mon "nouveau" compteur d'eau affiche 530 m3. En 7 ans, depuis début 2006, j'ai donc fait une économie de 1145 euros, soit environ 164 euros par an en moyenne. Alors qu'un contrôle qui sera effectué tous les quatre à huit ans n'est facturé "que" 200 euros. Objectivement, dans les Hauts, nous sommes donc très largement gagnants.

     

    Reste que pour beaucoup de familles des Hauts "sortir" d'un seul coup 200 euros constitue un problème insurmontable. Les habitants des Bas payent peu par peu à chaque facture, sans trop "souffrir" et sans s'en apercevoir. En effet, la CINOR et Veolia ont introduit au fil du temps toutes ces taxes en "misouk". Donc, sans provoquer aucune réaction de la part des "cochons de payants". Bien joué. En jouant la transparence et l'honnêteté, le SPANC a, lui, fort mal joué. Une petite taxe de 4 ou 5 euros par mois, de préférence sous un intitulé ésotérique, serait passée inaperçue et aurait permis de recueillir le montant nécessaire au contrôle et même au-delà. Comme quoi, dans la société actuelle, la franchise ne paie pas. Les élus et les gouvernants le savent fort bien.

     

    Ceci dit, de façon concrète, il convient de rappeler que les familles en difficulté financière savent d'expérience que le Trésor public, trop souvent décrit à tort comme un "monstre froid", peut accorder, au cas par cas, des facilités de paiement en cas de situation difficile avérée.

    Pour une fois les gens des Hauts sont plutôt favorisés. Ne nous plaignons pas : il y va de la qualité de notre environnement, de notre confort et de notre santé.

     

    Charles Durand

    Le Brûlé - Saint-Denis


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  • Depuis le 19 novembre se tient à Saint-Denis la "Semaine de l'Histoire" organisée par le Cresoi (centre de recherches sur les sociétés de l'océan indien). Au programme figure l'histoire des syndicats réunionnais. A ce propos, il me semble important que les générations actuelles et futures gardent précieusement en mémoire la grève de 1953. Une grève parmi tant d'autres, m'objecterez-vous. Pas du tout. Une grève fondatrice, matrice des rapports sociaux et dont nous vivons encore en 2012 les conséquences.

     

    En 1953, nous sommes 7 ans à peine après la loi qui a fait passer La Réunion du statut de colonie (dépendance de Madagascar !) à celui de département…d'outre-mer. Les fonctionnaires locaux et les fonctionnaires métropolitains bénéficient de régimes de rémunérations différents : l'esprit colonial est encore prégnant en 1953. Malgré plusieurs mouvements et tentatives de négociation, le gouvernement fait "zorey koson". Une grève illimitée est déclenchée le 15 mai 1953. Massivement suivie par les enseignants (ils constituent le corps de fonctionnaires le plus nombreux), le mouvement s'étend aux ouvriers, planteurs. Les maires de toutes les communes votent une motion de soutien. Fin juin 1953, le Conseil général demande au gouvernement "la suppression des régimes discriminatoires préjudiciables aux fonctionnaires et agents réunionnais dont la compétence et le loyalisme sont indiscutables".

     

    Après 62 jours de mobilisation la grève prend fin le 16 juillet 1953. Le décret du 22 décembre 1953 consacrera l'alignement des rémunérations des fonctionnaires quelle que soit leur origine. Pour les agents de l'Etat, du moins. Pour un certain nombre de salariés des collectivités locales et des établissements hospitaliers, 60 ans après, la discrimination reste d'actualité. Le dispositif actuel de rémunération des agents de la fonction publique en activité ou en retraite est encore un bric-à-brac abracadabrantesque.

     

    Fin 1979, après huit ans de baisses du fameux index de correction, une grande manifestation avait lieu dans les rues de Saint-Denis pour exiger l'arrêt des baisses de l'index. Comme je m'étonnais du peu de fonctionnaires pourtant directement concernés qui participaient au défilé, alors que les travailleurs du privé y étaient présents en masse, le syndicaliste Pierre Hurcy (secrétaire général de FO) m'expliqua : "Monsieur Durand, tous ces gens qui défilent pour défendre "votre" index, ont peut-être un proche qui, lui, est concerné et de toutes façons, ils espèrent tous que leurs enfants ou leur petits-enfants, pourront accéder un jour à la fonction publique d'Etat. C'est leur espoir et le sens de leur mobilisation pour "vous".

     

    En 2012, cet espoir est anéanti : les familles de travailleurs et de chômeurs qui se sont saignées pour pousser leurs enfants dans les études cohabitent avec ces enfants majeurs et diplômés…mais chômeurs. L'Histoire du syndicalisme a encore de beaux jours devant elle.

     

    Charles Durand

    Le Brûlé -Saint-Denis

    On lira avec intérêt l'excellent article de Raoul Lucas publié dans le numéro 20 de la revue "Éducation et sociétés" intitulé "La grève générale et illimitée des instituteurs à l'île de la Réunion en 1953".

    http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2007-2-page-47.htm


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